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Florian Van Acker- Champion olympique et mondial de tennis de table atteint d’autisme

«Mon leitmotiv never give up (n’abandonne jamais) vaut aussi bien pour le sport que pour la vie en général»

Florian est devenu champion de tennis de table paralympique dans la classe 11 (Handicap intellectuel) lors des Jeux olympiques de Rio 2016. Photo de Luc Dequick (Comité paralympique belge) pour Autisme-Europe.

 

Du haut de ses 19 ans Florian Van Acker, athlète atteinte d’autisme, a déjà amené la Belgique au plus haut niveau mondial du tennis de table. Numéro 1 du classement mondial, il est devenu champion paralympique en classe 11 (handicap intellectuel) pendant les Jeux Olympiques de Rio 2016. En 2015, il devient Champion d’Europe en classe 11 et en 2014 il fait ses premiers pas en Championnats du monde et s’empare de la médaille de bronze.

Autism- Europe : Que représente pour vous le fait d’avoir gagné la médaille d’or paralympique à Rio ?

Florian van Acker : C’est un rêve qui est devenu réalité, voilà ce que cela signifie pour moi. C’est une chance inouïe, la joie d’un enfant la veille des grandes vacances.

AE: Racontez-nous votre expérience à Rio.

FvA : Je suis parti à Rio une semaine avant les paralympiques, afin de m’habituer progressivement à mon environnement, au village olympique, à ma chambre, etc. car ce n’est pas évident, pour une personne avec autisme, de s’extirper de son environnement habituel, d’autant plus en situation de stress. J’ai eu le temps de découvrir la salle où nous allions jouer et nous entraîner. Pendant la deuxième semaine, je me suis principalement reposé, j’ai mangé et me suis couché à heures fixes.

AE: Quelle est votre expérience en tant que joueur dans le « circuit normal » ?  

FvA: C’est très positif. Mais ça n’a pas été facile au début. En raison de mon autisme et de mon léger handicap mental, il ne m’est pas toujours facile de fréquenter un groupe avec des personnes qui ne me connaissent pas.

Ils ne voient pas que j’ai un handicap. Cela fait déjà 9 ans que je joue du tennis de table dans un circuit valide et c’est grâce à l’aide et à la patience de William, membre du Conseil d’Administration de mon premier club et ami, qui m’a appris à jouer au tennis de table et qui a cru en mes capacités, qu’ont pu se développer la confiance et la reconnaissance.

AE: Quels sports pratiquez-vous et pourquoi le tennis de table est-il votre préféré ?

FvA : Pour l’instant je joue seulement du tennis de table et pour me détendre, je fais aussi du vélo. J’aime aussi l’équitation. J’en ai fait beaucoup dans le passé mais j’ai arrêté par manque de temps et par peur de faire une chute et de me blesser les mains.

J’ai également pratiqué du judo et du basket mais les règles étaient trop compliquées donc j’ai arrêté. Le basket, surtout, était difficile car c’est un sport d’équipe qui demande constamment de tenir compte des autres dans le jeu. Au tennis de table, il n’y a que moi et je suis le seul responsable et, bien que cela puisse paraître bizarre, j’aime le fait que la balle parte et revienne, toujours avec le même effet, comme un schéma qu’elle répète.

AE: Qu’est-ce que cela signifie pour vous d’être une personne autiste ?  

FvA : Avec l’âge, je comprends mieux qui je suis et comment je suis, je sais que je ne suis pas toujours facile mais je suis capable d’en parler et je ne me considère pas comme inférieur aux autres, mais différent. Grâce à mon succès dans le monde du sport, je me sens même égal par rapport aux autres. Si quelqu’un ne m’accepte pas ou se montre désagréable avec moi parce qu’il ne me connait pas, dans ce cas il est catalogué et je n’ai plus rien à faire de lui. J’avance avec les personnes qui sont à mes côtés. Ce n’est pas toujours facile et parfois ça explose.

AE : Quelles difficultés rencontrez-vous au quotidien en tant que personne autiste ?  

FvA : Essayer de passer au-dessus du chaos et de la pression que je ressens parfois en me concentrant sur le sport et en me retirant dans ma chambre pour écouter de la musique calme ; espérer qu’il n’y aura pas trop de changements sur une journée planifiée et, si c’est le cas, apprendre à accepter que quelque chose n’est pas possible ou inévitable.

Florian est le fils adoptif du couple belge Eric et Dora Van Acker-Debedts. Florian a été abandonné peu de temps après sa naissance en Roumanie. Il a vécu ses premières années de vie dans un orphelinat et chez une famille d’accueil transitoire. Florian était âgé de 3,5 ans quand il est arrivé en Belgique.

Dora Debedts raconte son expérience dans une interview à Sporta Magazine : « Il était actif, impulsif, agité. Très réactif, comme on dit chez nous. D’abord nous pensions que cette agitation et cette tension étaient dues à son séjour à l’orphelinat. Au début, nous n’avions pas envisagé d’autres raisons, surtout  en sachant qu’à l’âge de deux ans, Florian ne pouvait pas encore marcher, ne prenait aucune nourriture solide, et passait la majeure partie de son temps dans un petit lit. Plus tard, mon mari et moi avions pensé que son dynamise était lié à sa soif de découverte ou à un besoin affectif. Nous supposions que son QI, légèrement inférieur, était soit héréditaire soit dû à la négligence et au manque d’amour dont il a souffert au tout début de sa vie. (…) En raison de sa déficience intellectuelle ou cognitive, il est limité dans des compétences telles que la communication, l’autonomie et l’interaction sociale. A l’école, si quelque chose ne l’intéressait pas, il refermait son livre. Point. Il ne consentait à faire un petit effort que s’il aimait bien son professeur. Heureusement, il a évolué positivement au fil des ans. »

AE : Le sport vous a-t-il aidé à faire face à l’autisme ?

FvA : Grâce au sport, je suis plus clame et je crois davantage en mes capacités.

AE : Qu’aimez-vous bien faire lorsque vous ne faites pas de sport ?

FvA : Ecouter de la musique et regarder des films.

AE: Quels sont vos nouveaux défis ?

FvA : Remporter les Championnats du Monde 2018 dans le circuit paralympique. J’ai déjà la médaille de bronze, j’espère obtenir la médaille d’or. J’aurais alors la première médaille aux Jeux Paralympiques, aux Championnats du Monde et aux Championnats d’Europe.

AE: Un message pour vos confrères autistes ?

FvA : Tout d’abord et surtout, croire en soi et en ceux qui t’entourent, te soutiennent,  t’aident et croient en toi, surtout tes parents qui te connaissent le mieux, mais aussi tes amis et tous ceux qui te veulent du bien car les personnes autistes reconnaissent très facilement les gens qui ont de bonnes intentions ou non.

Mon leitmotiv never give up (n’abandonne jamais) vaut aussi bien pour le sport que pour la vie en général.